PROFIL EPIDEMIOLOGIQUE DU CANCER EN COTE D’IVOIRE

 

1- Epidémiologie descriptive

Situation du cancer dans le monde


A l’échelle mondiale, le fardeau du cancer est estimé à 19,3 millions de nouveaux cas et près de 10 millions de décès en 2020, représentant un véritable problème de santé publique (Globocan 2020). Les cancers les plus incidents étaient par ordre de fréquence le cancer du sein (2,26 millions de cas), le cancer du poumon (2,21 millions de cas), le cancer colorectal (1,93 million de cas), le cancer de la prostate (1,41 million de cas), le cancer de la peau (non mélanome) (1,20 million de cas), et le cancer de l’estomac (1,09 million de cas). Plus de 85% des décès sont enregistrés dans les pays en développement. 
Dans la zone AFRO de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 845 946 nouveaux cas et 543 471 décès ont été estimés en 2020. L’Afrique de l’Ouest, à l’instar des autres régions d’Afrique subsaharienne reste touchée par le cancer. Près de 242 210 nouveaux cas, tous sexes confondus, ont été estimés (Globocan 2020). Les cancers du sein, du col de l’utérus, de la prostate, du foie et du colon-rectum sont les cinq cancers les plus prévalent. 


Situation du cancer en Côte d’Ivoire


Le cancer est un problème majeur de santé publique en Côte d’Ivoire, du fait de sa morbidité et mortalité élevées. Selon les estimations de Globocan 2020, le nombre de nouveaux cas en Côte d’Ivoire était estimé à 17 300 dont 9896 femmes et 7404 hommes. Tous sites et tous sexes confondus, le cancer du sein est le plus fréquent (19,1%), suivi des cancers de la prostate (15,9%), du col de l’utérus (11,9%), du foie (6,6%) et des lymphomes non hodgkiniens (4,9%). Chez la femme, les cancers du sein et du col de l’utérus sont les plus diagnostiqués ; les taux d’incidence standardisés sont respectivement de 44,7 et 31,2 pour 100 000 femmes. Chez l’homme, les cancers de la prostate (48 pour 100 000) et du foie (10,1 pour 100 000) occupent les deux premiers rangs en termes d’incidence (Globocan, 2020). 
Chez l’enfant, en moyenne 170 nouveaux cas de cancer sont recensés chaque année (171 cas en 2018 ; 179 en 2019 et enfin 149 en 2020) en Côte d’Ivoire. La réduction relative des cas incidents en 2020 est principalement attribuable à la baisse globale des consultations hospitalières à cause de la pandémie à COVID-19. En termes de fréquence, le lymphome de Burkitt vient en première position suivi de la leucémie, du rétinoblastome, du néphroblastome et de la maladie de Hodgkin (Registre du Cancer d’Abidjan, 2018). 
Par ailleurs, la mortalité liée au cancer reste très élevée. En effet, près de 11 760 décès ont été estimés en 2020. Elle est en grande partie liée à l’ignorance de la maladie cancéreuse et au diagnostic tardif dans près de 75% des cas. 

0que en Côte d’Ivoire

    Le cancer du sein:

     ●    1er rang des cancers incidents de la femme
    ●    3 306 nouveaux cas
    ●    Taux d'incidence standardisé = 44,7 pour 100 000 femmes.
    ●    Age moyen : 44 ans 
    ●    74 % de stades tardifs (T3 et T4, Classification UICC)
    ●    1 785 décès estimés en 2020
    ●    Taux de mortalité en 2020 = 25,3 pour 100 000 femmes.

    Le cancer de la prostate :

    ●    1er Cancer de l’homme, 
    ●    2 757 nouveaux cas  
    ●    Taux d'incidence en 2020 = 48,0 pour 100 000 hommes.
    ●    Age moyen : 63 ans 
    ●    Métastatique dans 80%
    ●    1 600 décès estimés en 2020
    ●    Taux de mortalité en 2020 = 29,5 pour 100 000 hommes.

 

   Le cancer du col de l’utérus :

     ●    2ème rang des cancers incidents chez la femme, 
    ●    2 067 nouveaux cas
    ●    Taux d'incidence en 2020 = 31,2 pour 100 000 femmes.
    ●    Age moyen : 53 ans  
    ●    76% stade tardif (III et IV, Classification FIGO)
    ●    1 417 décès estimés en 2020
    ●    Taux de mortalité en 2020 = 22,8 pour 100 000 femmes.

 

 

   Le cancer du foie

    ●    4ème rang des cancers incidents, tous sexes confondus. 
    ●    2ème et 3ème cancer incident respectivement chez l’homme et la femme.
    ●    1 136 nouveaux cas  
    ●   Taux d'incidence en 2020 = 10,3 pour 100 000 hommes et 3,7 pour 100 000

          femmes.
    ●    Taux de mortalité estimé en 2020 = 7,5 décès pour 100 000 malades

 

   Les cancers colorectaux

      ●    5ème cancer en termes d’incidence
     ●    951 nouveaux cas
     ●    701 décès en 2020
    ●    Taux d'incidence en 2020 = 8,2 pour 100 000 hommes et 7,0 pour 100 000 femmes.
     ●    Taux de mortalité estimé en 2020 = 5,9 décès pour 100 000 malades

    Les lymphomes non hodgkiniens chez l’adulte

    ●    6ème cancer en termes d’incidence
   ●    851 nouveaux cas
   ●    Age moyen : 50 ans   539 décès chaque année
   ●    Taux de mortalité estimé en 2018 = 3,3 décès pour 100 000 malades

 

               Chez l’enfant, de 2012 à 2015, 618 cas de cancers pédiatriques ont été enregistrés. Le lymphome de Burkitt est la forme la plus fréquente de cancer (13,8 pour 1 000 000). Il existe également une fréquence élevée de rétinoblastome (5 pour 1 000 000).  Les Leucémies qui sont les formes de cancer les plus fréquents dans les populations occidentales, ont été moins observées (2,7 pour 1 000 000).

 

 

2- Epidémiologie analytique

  Les facteurs de risque des cancers sont nombreux.

  •      Le Tabagisme 

L

  • Alcoolisme

La consommation de boissons alcoolisées augmente le risque des cancers de la cavité buccale, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, du foie, du colo-rectum, et du sein chez la femme [UICC].

 

En Côte d’Ivoire, l’enquête STEPS de 2005 a montré que 34% de la population a consommé régulièrement de la boisson alcoolisée et la consommation d'alcool par habitant (en litres d'alcool pur) chez les adultes (18 ans) connait une constante augmentation : 2005 (4,5 %) ; 2008 (6,5%) et 2010 (6%).

  • Alimentation

Il est aujourd’hui prouvé que l’alimentation joue un rôle favorisant ou de protection dans la genèse de 30% des cancers [OMS].

Le constat est qu’une consommation régulière riche en fruits et légumes et pauvre en graisse animale pourrait faire baisser l’incidence des cancers digestifs de plus de 50% et d’autres cancers comme ceux de la prostate, du sein, d’environ 25% [OMS].

L’analyse des enquêtes en Côte d’Ivoire note qu’un taux de 37,2% consomment peu ou pas de légumes et ce, principalement dans les zones urbaines [STEPS 2005].

 

  • Inactivité physique

Elle constitue un facteur de risque majeur de certains cancers [OMS].

Les études du CIRC montrent qu’il faut au minimum 30mn/j d’une activité physique vigoureuse pour réduire l’incidence de certains cancers [OMS].

En Côte d’Ivoire, 41,9% de la population ont un bas niveau d’activité physique (soit <600 MET-minutes/semaine) tandis que 93% ne pratique aucune activité physique intense. [STEPS 2005]

 

  • Surpoids et Obésité

L’excès de poids est un facteur de risque important pour de nombreuses maladies et cancers. En 2000, environ 8 à 42% de certains cancers étaient attribués à un IMC>25 Kg/m2 dans le monde.

En Côte d’Ivoire, la surcharge pondérale touche 37,6% de la population féminine tandis que 24,6% des personnes de sexe masculin en étaient atteints. Quant au surpoids et/ou obésité, l’on estimait une proportion de 23,3% en zone urbaine contre 9,3% en milieu rural de personnes touchées [STEPS 2005].

  • Facteurs environnementaux

L’impact réel de la pollution atmosphérique, chimique, électromagnétique sur la santé et la survenue des cancers reste une préoccupation car le lien existe et est établi. On estime entre 5 à 10% des cancers sont attribuables aux expositions environnementales [IARC 2007, Hill 2008].

Si l’amiante reste le facteur de risque le mieux connu, il en existe toutefois d’autres comme les rayonnements ionisants, le radon, la silice, les métaux ou encore les hydrocarbures aromatiques polycycliques.

Certains agents cancérigènes doivent leur toxicité à une action directe sur les gènes, qui entraîne des mutations et déclenche un processus de cancérisation. C’est par exemple le cas des rayonnements ionisants. Pour ces agents, toute dose est susceptible de causer des dommages. D’autres agents n’agissent pas directement sur les gènes mais favorisent la prolifération de cellules tumorales.

L’émission des particules fines de gas-oil, de certains gaz toxiques comme le dioxyde de carbone sont aussi incriminés. Les ondes électromagnétiques sont également mises en cause. En Côte d’Ivoire, le déversement des déchets toxiques demeure une problématique essentielle vue leur teneur non négligeable en polluants notamment en hydrocarbures aromatiques polycycliques (risque de cancer de la vessie, de la peau et du poumon (HAP et cancer : hydrocarbures aromatiques polycycliques, Cancer et environnement) et d’éléments traces métalliques [Adjiri 2014].

 

  • Facteurs biologiques

Le cancer peut être lié à des facteurs génétiques. Des formes familiales existent pour des tumeurs rares mais aussi pour des tumeurs fréquentes comme le cancer du sein ou du côlon. Entre 5 et 10 % des cancers seraient directement hérités d’un parent. Aucune donnée dans ce sens n’est disponible dans notre pays.

Le vieillissement est un autre facteur fondamental dans l’apparition du cancer. Dans notre contexte, les progrès enregistrés dans la santé, la nutrition, le niveau d’instruction ont fait que l’espérance de vie a augmenté et les personnes âgées sont plus nombreuses. Ainsi, les problèmes de santé des personnes âgées se posent avec acuité en ce qui concerne les pathologies chroniques.

 

  • Facteurs infectieux

Les agents infectieux (virus, parasites, bactéries) seraient responsables de 16 % des cancers dans le monde, la plupart se produisant dans les pays en développement. Pour les pays industrialisés, 7 % des cancers seraient causés par des agents infectieux [De Martel, 2012].

Le CIRC en dénombre une dizaine dans sa classification des agents cancérigènes pour l'homme. Environ 30% des cancers attribuables aux agents infectieux surviennent chez les moins de 50 ans.

Les principaux agents en cause sont :

  • les papillomavirus humains (HPV) oncogènes, associés au développement de cancers de la zone anogénitale : cancers du col de l'utérus, de l'anus, du pénis et de la cavité orale (en particulier de l’oropharynx) ;

  • les virus des hépatites B et C (VHB-VHC), associés à la survenue de cancers du foie (hépato-carcinome) et de lymphomes non hodgkiniens ;

  • la bactérie Helicobacter pylori, responsable d'au moins 80% des cancers de l'estomac et des lymphomes gastriques non hodgkiniens (MALT et DLBC).

  • le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), augmente fortement les risques de sarcome de Kaposi et de cancer du col de l'utérus. L'infection par le VIH est également associée à un accroissement du risque de plusieurs autres cancers : lymphomes malins hodgkiniens et non-hodgkiniens, cancers de l'anus, de la peau, du poumon, du foie...

  • le virus d'Epstein-Barr (EBV), à l'origine de lymphomes de Burkitt, de lymphomes Hodgkiniens et non-hodgkiniens, de cancers du nasopharynx.

 

En Côte d’Ivoire, la présence des facteurs de risque est très importante.

En effet les facteurs infectieux peuvent être à l’origine des cancers, notamment :

- la forte prévalence des virus de l’hépatite B et C impliqués dans la genèse du cancer du foie,

- la présence du papillomavirus humain, facteur étiologique du cancer du col utérus et

- le virus Epstein Baar responsable de la plupart des lymphomes de Burkitt (premier cancer de l’enfant).

Par ailleurs, la prévalence du VIH Sida, qui est de 4,7 augmente la fréquence de certains cancers tels que les cancers ano-rectaux.